Vidéo – question orale sans débat

Discours d'introduction à la séance publique EGAlim

J’interpelle en hémicycle le gouvernement sur la disparition du point de passage frontalier de la plateforme aéroportuaire de Morlaix. Une vraie perte pour le territoire.

Mme Sandrine Le Feur appelle l’attention de M. le ministre de l’action et des comptes publics sur la plateforme aéroportuaire de Morlaix dans le Finistère.

En novembre 2016, la Direction régionale des douanes et droits indirects de Bretagne a mis fin aux dérogations au franchissement des frontières extérieures qui étaient jusque-là accordées à la Brittany Ferries, compagnie de transport maritime de Roscoff, ainsi qu’à la compagnie Hop ! La décision a donc été prise par les pouvoirs publics de supprimer ce point de passage aux frontières. Depuis cette date, Morlaix n’est plus accessible par transport aérien à partir de pays situés hors espace Schengen et il n’est plus possible non plus d’accéder à ces pays depuis Morlaix.

Dans un monde ouvert, une économie globalisée, c’est une porte d’entrée qui se ferme, des complications supplémentaires qui s’ajoutent. Avant la fin des dérogations au franchissement des frontières extérieures, les usages du PPF à Morlaix existaient. Ils ne demandent qu’à être de nouveau facilités. En effet, la plateforme accueille les avions d’entreprises locales, Hop ! et Brittany Ferries ou encore celui de la société Sermeta, leader mondial pour la fabrication d’échangeurs thermique pour chaudières gaz. C’est un non-sens de les obliger à faire un saut à Brest ou à Saint Brieuc avant de se poser à Morlaix.

Nos entreprises, à travers eux les industriels et les entrepreneurs, ont besoin de facilités pour leur mobilité, pour développer leurs relations clients à l’international.

La disparition du PPF impacte donc la capacité du territoire à fixer des entreprises sur son sol. Elle hypothèque également les projets à même de dynamiser une plate-forme à l’avenir incertain suite à la suppression de 23 postes chez hop ! Morlaix cette année. Pour assurer la pérennité du site, il serait ainsi nécessaire que la compagnie hop ! puisse ouvrir ses ateliers à des clients tiers.

Par ailleurs, les acteurs locaux ambitionnent de développer une clientèle d’aviation d’affaires. Ce PPF serait une réelle plus-value pour promouvoir la plate-forme aéroportuaire auprès d’une clientèle nationale et étrangère. On déduit aisément que cette suppression du PPF à Morlaix est motivée par l’objectif de faire des économies budgétaires. Mais en réalité, il s’agit d’économies de bouts de chandelle!

Des aménagements peuvent être trouvés sans réel surcoût pour la collectivité. En effet, il est possible de s’appuyer sur le service des douanes du port de Bloscon de Roscoff, distant de 25 kilomètres seulement : un contingent d’opérateurs déjà agréés et contrôlés par la Direction générale de l’aviation civile et l’European aviation safety agency.

Dans le cadre de vols programmés, il paraît possible de mutualiser ces effectifs entre les deux sites de Roscoff et de Morlaix. Les services de l’État ont d’ailleurs récemment indiqué que ces effectifs seraient prochainement augmentés d’une dizaine de collaborateurs, portant leur nombre à environ 35 agents.

C’est plus qu’il n’en faut pour assurer la surveillance du port de Bloscon. C’est donc l’objet précis de sa question. Elle lui demande s’il serait disposé à favoriser ces aménagements, à rouvrir un point de passage frontalier pour la plateforme aéroportuaire de Morlaix sur la base d’une mutualisation des effectifs des douanes de Roscoff. Ce serait un levier d’attractivité pour le territoire, permettant de maintenir l’implantation d’entreprises et de développer commercialement la plateforme de Morlaix.

Réponse de la Ministre Agnès Pannier-Runacher

Madame la Députée Le Feur,

L’aéroport de Morlaix a perdu son statut de point de passage frontalier en 2011, vous l’avez rappelé. Une dérogation avait bien été accordée par la Direction Régionale des Douanes de Bretagne aux sociétés Brittany Ferries et Brit Air, devenue Hop !, mais elle a pris fin en 2016 avec le rétablissement des contrôles aux frontières dans le cadre de la lutte anti-terroriste.

Une requalification de l’aérodrome en tant que PPF prévoit la saisine du ministère de l’intérieur qui procède à une consultation interministérielle et statue sur ces demandes à la lumière de plusieurs critères :

Le besoin d’accueil de liaisons extra Schengen dans l’aérodrome au regard du contexte économique local

L’aménagement du site : signalétique, séparation des flux de voyageurs, mise en place d’aubettes, réseau permettant l’interrogation des fichiers, la capacité à affecter de manière ponctuelle ou pérenne un service de contrôle aux frontières, les raisons pour lesquelles ce trafic extra Schengen ne pourrait pas être pris en charge par un site aéroportuaire qualifié PPF à proximité.

Au regard de l’ensemble de ces critères, il a été observé un flux résiduel de vols privés extra Schengen sur cet aéroport et l’absence d’infrastructures adaptées, ce qui ne permet pas d’envisager aujourd’hui la réouverture d’un PPF.

En outre, le PPF de Brest est situé à une cinquantaine de kilomètres. Il est donc possible, comme cela se fait déjà, de réaliser des formalités de contrôle aux frontières à Brest avant de repartir dans un second temps sur l’aéroport de Morlaix. Cette solution permet de préserver l’attractivité du département, la ville de Morlaix n’étant pas pour autant privée de toute capacité à recevoir ce type de vols extra Schengen.

La brigade des douanes de Roscoff, qui pourrait effectivement être mobilisée dans le sens de la suggestion que vous suggériez, est déjà très mobilisée sur le PPF de Roscoff et sera fortement impactée par le Brexit qui va se traduire par la mise en place de formalités douanières additionnelles. Des renforts d’effectifs sont en effet prévus mais ils seront pleinement mobilisés sur ces missions nouvelles. La brigade de Roscoff sera d’autant moins disponible pour effectuer les contrôles migratoires à Morlaix. Je vous remercie.

Réplique

Merci Madame la Ministre pour votre et pour ces précisions. Je ne désespère pas néanmoins de continuer à travailler sur ce point de passage frontalier parce que nous avons vraiment des problématiques et des sujets importants pour développer l’aéroport de Morlaix. Merci.