Tribune – Conquérir notre souveraineté alimentaire

Conquérir notre souveraineté alimentaire

Notre pays, l’Europe et le monde traversent une crise sanitaire sans précédent, inimaginable il y a encore quelques mois. Des centaines de milliers de personnes ont perdu la vie. Des millions d’autres sont malades ou l’ont été. Nos systèmes de santé approchent du point de rupture. Les économies sont à l’arrêt, précipitant nos sociétés dans une récession majeure, la plus grave depuis un siècle. Dire que le monde d’après, celui d’après ce triple choc sanitaire, économique et social, ne devra pas ressembler au monde d’avant est un euphémisme. A l’évidence, il y aura des leçons à tirer de l’épreuve que nous traversons et bien des choses à changer. Nous vivons un moment de bascule qui oblige à la remise en cause, à l’interrogation, à des choix nouveaux. Quelle société, quel pays, quelle planète voulons-nous ? Faut-il libéraliser à l’infini, accepter que tout se vende et s’achète, que l’avenir n’appartient qu’à ceux qui produisent pour toujours moins cher, au détriment de la biodiversité, de l’autre côté de la planète et avec l’empreinte carbone la plus forte ? A cette dernière question, ma réponse est non. Il faut siffler la fin de cette partie, maintenant.

Le temps est venu de travailler à la restauration de notre souveraineté. Être souverain, c’est décider pour nous-mêmes, Français et Européens. C’est faire prévaloir nos préférences collectives, notre choix citoyen d’une économie de marché dotée de mécanismes précieux de protection sociale et environnementale. Commercer est juste, mais dans des conditions de concurrence et de protection équitables. Ce n’est pas le cas tout le temps. Nous n’avons pas à nous laisser imposer des modèles, des valeurs et des choix à l’opposé des nôtres sous couvert d’accords commerciaux négociés à l’écart des citoyens. Réécrirait-on à l’identique l’accord CETA avec le Canada après la crise du Covid-19 ? Non. Regarderions-nous la concurrence commerciale chinoise avec la même naïveté après cette crise ? Pas davantage. Il est temps pour la France et l’Europe de se battre pour un avenir choisi et contre un avenir subi. L’Europe ne saurait se réduire à un grand marché ouvert à tous les vents où le citoyen aurait fait place au consommateur. S’il est un premier enseignement à retirer de la crise, c’est le besoin de nous protéger.

La conquête de la souveraineté alimentaire est essentielle pour l’avenir. Nous protéger, c’est produire chez nous ce qui y sera consommé. C’est le faire dans les conditions les plus respectueuses de l’environnement et de la santé de chacun. Ce combat-là, je le mène depuis des années comme maraîchère et depuis 2017 comme députée. J’entends plus que jamais y rester fidèle, y mettre mes convictions et mes forces. Tant se joue en effet maintenant. Au cours des trois années écoulées, j’ai pu parfois avoir des désaccords et des doutes. Je les ai toujours traités en responsabilité car ma boussole est ce que je dois aux habitants de ma circonscription : la vérité, l’engagement, l’écoute et la proximité. A Paris comme dans le Finistère, je continuerai d’agir ainsi, librement. Dans la majorité à laquelle j’appartiens, je serai amené à m’engager plus avant sur la conquête de la souveraineté alimentaire. Je le ferai sans exclusive, avec celles et ceux qui souhaiteront contribuer et agir. C’est une autre manière de faire de la politique, celle qui m’a conduit à la vie publique. C’est ainsi que nous construirons le monde d’après.

Sandrine Le Feur, députée du Finistère