Difficultés liées à la carte de paiement ADA

Question N° : 27398 – publiée au JO le 10/03/2020

Difficultés liées à la carte de paiement ADA

Mme Sandrine Le Feur appelle l’attention de M. le ministre de l’intérieur sur les difficultés rencontrées par un grand nombre de bénéficiaires de l’allocation pour demandeur d’asile (ADA) en raison de l’évolution du mode de fonctionnement de la carte remise aux demandeurs d’asile en vue d’utiliser leur allocation mensuelle.

Auparavant, un demandeur d’asile pouvait retirer le montant de son allocation (6,80 euros par jour, soit 222 euros par mois pour une personne seule) sous forme liquide dans des distributeurs de billets dans la limite de trois retraits par mois.

Depuis le 5 novembre 2019, l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) a introduit de nouvelles dispositions dans la gestion de cette allocation. Cette carte est devenue exclusivement une carte de paiement électronique et il est devenu impossible aux demandeurs d’asile de réaliser le moindre retrait d’espèces.

L’objectif poursuivi par l’OFII de garantir la sécurité des demandeurs d’asile en diminuant la circulation de l’argent liquide est louable et s’entend.

Toutefois, cette évolution de la carte de paiement de l’ADA crée des complications importantes dans la vie quotidienne des demandeurs d’asile, qui ne peuvent plus disposer d’un peu d’espèces pour les dépenses courantes, pour lesquelles il est souvent impossible de régler avec la carte bancaire fournie.

Cette situation restreint significativement l’accès de ces personnes aux biens ou services élémentaires aussi essentiels que certains petits achats alimentaires, le paiement de tickets de transport, le règlement de la cantine scolaire des enfants, l’accès aux activités socio-culturelles, etc. De plus, les opérations réalisées avec cette nouvelle carte sont facturées 50 centimes d’euros au-delà de 25 opérations par mois, soit au-delà d’un achat par jour.

La nouvelle carte a donc pour effet de restreindre la liberté des demandeurs d’asile dans leur accès aux biens de la vie courante, de précariser les conditions de vie de ces populations déjà fragilisées et de rendre plus difficile leur intégration au sein de la société française.

L’impact pour les associations et épiceries solidaires est également important puisqu’il leur devient nécessaire de s’équiper de terminaux de paiement électronique et de supporter les coûts de transaction pour rendre possible la participation solidaire des personnes soutenues. Cette participation est pourtant essentielle en leur permettant d’être de réelles parties-prenantes de la solidarité et d’échapper ainsi aux logiques d’assistanat.

Elle lui demande en conséquence d’envisager un aménagement du dispositif permettant aux allocataires demandeurs d’asile de disposer comme tout un chacun d’un moyen de paiement et de retrait.

Réponse publiée le 15/09/2020

La mise en place d’une carte de paiement, sans possibilité de retrait, permet, en limitant la circulation d’argent liquide, d’éviter que l’allocation pour demandeur d’asile serve à d’autres fins que celles d’assurer la subsistance du demandeur d’asile, au moyen de dépenses courantes sur le territoire national. Ce faisant, les risques de fraudes et d’abus, liés à une trop grande liquidité de l’allocation, seront mieux maîtrisés.

Avant sa généralisation au territoire métropolitain, cette mesure a fait l’objet d’une expérimentation durant plusieurs mois en Guyane : les retours ont été positifs et ont montré que la mise en place d’une carte de paiement en lieu et place d’une carte de retrait ne dégradait en rien les conditions de vie des demandeurs d’asile.

En outre, le Gouvernement est à l’écoute des associations qui ont été reçues au ministère de l’intérieur et qui participent à un comité de suivi de la réforme pour garantir que celle-ci ne génère pas de difficulté. L’entrée en vigueur de la mesure, initialement prévue en septembre 2019, a été retardée afin de permettre aux opérateurs qui en étaient dépourvus de s’équiper de terminaux de paiement électronique (TPE) et d’assurer une information appropriée des demandeurs.

De surcroît, un aménagement important du dispositif a été consenti avec le déplafonnement total du nombre de transactions autorisées. De la sorte, quel que soit le montant de leur transaction, les demandeurs d’asile peuvent continuer à acheter leurs produits de première nécessité dans les supermarchés et les commerces dotés de TPE. Le bilan réalisé par l’office français de l’immigration et de l’intégration a d’ailleurs confirmé la possibilité, pour les demandeurs d’asile, de procéder à de petits achats avec une carte « 100 % paiement », 44 % des transactions ayant porté sur un montant inférieur à 10 € en novembre 2019.

De la même manière, alors que les associations craignaient que les demandeurs d’asile hébergés dans des zones rurales moins bien pourvues en commerces ne puissent disposer librement de leur allocation, il ressort de ce bilan que la carte de paiement a été largement utilisée sur l’ensemble du territoire métropolitain, selon une répartition régionale correspondant à celle des allocataires.

Enfin, la démonétisation ne méconnaît pas le fait que l’accès des demandeurs d’asile aux espèces demeure utile dans leur vie quotidienne. Ainsi, la pratique du cashback, qui est réservée aux seuls commerçants par le code monétaire et financier (ce qui limite de facto le risque d’abus), permet de récupérer jusqu’à 60 euros en espèces dans le cadre d’un paiement par carte d’un euro minimum.

La mise en œuvre de cette mesure continue de faire l’objet d’un suivi attentif. Un groupe de travail réunissant des associations d’horizons divers accompagnant les demandeurs d’asile a été mis en place. Il suit avec attention la mise en œuvre de cette mesure. Le cas échéant, le dispositif pourra être adapté de façon à résoudre les difficultés opérationnelles qui pourraient être signalées.