Réunion publique EGAlim : « Le vrai coût du manger pas cher » – Synthèse

Introduction : Le « manger pas cher » ça coûte cher.

Dans le cadre des états généraux de l’alimentation, Sandrine Le Feur, députée du Finistère a organisé un atelier public afin de recueillir les positions et propositions des citoyens du territoire du pays de Morlaix sur la question de l’alimentation.

Le point de départ des échanges faisait le constat que le « manger pas cher », résultat d’une histoire commencée dans les années 1960 atteignait ses limites aujourd’hui. En effet, le coût complet de notre alimentation, englobe bien d’autres éléments que le simple prix que le consommateur paie pour s’approvisionner, et ce coût complet, c’est l’ensemble de la société, et donc nous, qui devra, tôt ou tard, s’en acquitter.

Par exemple, la pression sur les prix payés par les consommateurs n’est pas sans impacts sur l’environnement, de même, elle peut avoir une conséquence sur la santé publique, et bien sûr, elle induit des coûts sociaux importants. Le fait qu’une importante part de nos agriculteurs ne peut à l’heure actuelle vivre de son travail peut aussi être vu comme une conséquence du « manger pas cher ».

Il apparait donc, que le modèle actuel, induit par le « manger pas cher », et qui n’en n’est qu’une conséquence, est en fait à l’origine de coûts « exorbitants » pour la société :

Tout d’abord, des coûts certains en matière de santé publique peuvent être déplorés, même si tous les maux ne sont pas bien sûr pas imputables au modèle de production. L’augmentation du nombre de cancers constatés aujourd’hui, la recrudescence de problèmes cardio-vasculaire et l’accroissement de l’obésité sont tout de même des signes qui doivent nous alarmer sur notre état de santé général. Et le modèle de production et peut-être plus encore, celui de nos industries de transformation ont leur part de responsabilité sur la question.

Sur l’environnement ensuite ; et pour ne prendre que le cas de l’eau, des coûts additionnels importants doivent être consentis pour en expurger les pollutions d’origine agricole.

Et enfin, que dire d’un modèle de production, qui ne rémunère plus ses agriculteurs à la hauteur du travail fourni ; situation génératrice d’incompréhension, de frustration et parfois de drames humains.

Des modèles alternatifs existent

Pourtant des alternatives existent.

C’est ainsi que le Groupement pour l’agriculture Biologique (GAB29) et la Maison de l’Agriculture Biologique (MAB), qui regroupent à la fois des professionnels travaillant dans l’agriculture biologique et les consommateurs pour développer et promouvoir une alimentation saine nous affirment, chiffres et exemples concrets à l’appui, qu’un modèle alternatif, plus durable existe.

L’agriculture durable, c’est encore le modèle que prône et défend le Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu Rural (CIVAM) : durable, au sens des trois piliers du développement durable, à savoir les dimensions environnementales, sociales et économiques. En ce sens, le développement durable doit être à la fois économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable. Le social doit être un objectif, l’économie un moyen et l’environnement une condition.

En matière sociale, le GAB rappelle par exemple que le modèle bio, est source de bien meilleurs revenus pour ses producteurs, emploie plus de main-d’oeuvre et bénéficie d’une bien meilleure image sociale. Et c’est ainsi que les producteurs bio regagnent l’image si positive qu’ils méritent auprès du grand public, cette forme de fierté qui leur est si chère.

La pluralité des modèles est possible et souhaitable

Malgré tout, il n’est pas question de jeter l’opprobre sur la profession, et il est important de reconnaître que de nombreux efforts ont été faits, et ce depuis des années, pour améliorer la qualité des productions et en diminuer l’impact environnemental, ainsi que nous l’expliquait la chambre d’agriculture du Finistère.

Les nombreux contrôles sanitaires dont font l’objet les différentes productions ont été rappelés, et les progrès en matière d’usage d’antibiotiques dans la production animale, soulignés.

Et pourtant, malgré ces progrès, ces avancées, de l’aveu même de la Chambre d’Agriculture, la profession n’attire plus les jeunes, le mal être des agriculteurs mal rémunérés est bien réel. Le modèle est en souffrance.

Que faire ?

Remplacer un modèle par un autre ? clairement non, et c’est sans doute dans la pluralité des systèmes que se trouve le futur.

Un débat passionnant

Les paragraphes ci-dessus ne sont finalement qu’une longue introduction aux échanges auxquels ont donné lieu l’atelier de Sandrine Le Feur.

La suite énonce les suggestions et questions des participants :

  1. Le consommateur doit être plus en attente pour faire bouger les choses, plus acteur dans ses choix. Il y a lieu de davantage le sensibiliser sur ces aspects pour qu’il choisisse en connaissance de cause une alimentation plus saine et durable. Le consommateur doit prendre conscience qu’il est un consom-acteur.
  2. De même, l’éducation de nos enfants en matière de « bien manger » est à conduire.
  3. Associer à la fois producteurs et consommateurs est un préalable indispensable pour tendre vers une alimentation plus saine et durable
  4. A cette fin, un étiquetage plus adapté transparent, détaillant la qualité nutritionnelle des aliments et la présence des pesticides.
  5. Neuf milliards d’euros sont consacrés à la distribution d’aides agricoles, via les différents niveaux de subventions. Comment se réapproprier ces aides pour qu’elles soient efficaces ? En effet, 60% des bénéficiaires ne touchent que 20% de ces aides, ce qui veut dire que 40% de la population agricole touche 80% des aides ! Le système paraît discriminatoire. On constate aussi que les aides servent à rémunérer le capital, c’est-à-dire payer les investissements, les machines, les bâtiments. Nous ne sommes pas dans une logique durable. Il faut donc revoir les critères d’attribution des aides pour qu’elles aillent moins dans le capital. Il faut aussi que le citoyen retrouve la liberté de décider où va l’argent public.
    Et rendons l’agriculture moins dépendante des aides
  6. Inverser la tendance actuelle qui oriente l’agriculture vers toujours plus de spécialisation, ce qui ne marche que lorsque le produit est bien valorisé, mais qui d’une manière générale fait tendre les prix vers le bas
  7. Rendre les métiers plus attractifs en impulsant davantage d’actions de sensibilisation pour rendre ses lettres de noblesse au travail des champs
  8. La politique publique agricole n’a jamais été évaluée, sauf par morceaux, et on ne comprend pas pourquoi. Pour juger de l’efficacité des dispositifs, et le cas échéant de les améliorer, il est indispensable de pouvoir en effectuer une mesure juste et objective. Evaluons la politique publique agricole
  9. N’oublions pas les additifs et produits utilisés par les industries de transformation agro-alimentaire. Certains sont importés et n’ont pas à se conformer aux mêmes contraintes et exigences que les produits intérieurs.
  10. Repenser la méthodologie pour l’établissement des normes bio-sanitaires de façon qu’elles prennent en compte l’effet cocktail. Repenser également les méthodes d’établissement des différents seuils au-delà desquels un composant est déclaré dangereux.

Et vous ?
quelles seraient vos suggestions ?