Industrie de défense, souveraineté nationale et formation des compétences dans les territoires
Souveraineté industrielle et défense nationale : à Morlaix, Ineo Défense et l’enjeu de la formation locale
22 janvier 2026
La souveraineté française ne se joue pas uniquement à Paris ou dans les états-majors. Elle se construit aussi à Morlaix, dans des ateliers, des laboratoires, et demain dans des salles de formation.
Notre département du Finistère est un espace stratégique pour la défense de notre pays. Nous connaissons tous la base militaire de Landivisiau, nous avons tous un ami qui a travaillé sur la base de la marine nationale de Brest. Mais ce que l’on sait moins, c’est que la souveraineté militaire française se construit aussi au cœur de nos villes, dans des entreprises discrètes et hautement spécialisées. Le 16 janvier dernier, je me suis donc rendue à Morlaix, chez Ineo Défense. Avec ses 90 000m² d’entrepôts, dont 13 800 m² de bâtiments sont dédiés à la recherche, on peut facilement dire que cette société est à la pointe de la technologie. Ici, 72 femmes et hommes travaillent dans l'ombre sur des technologies de pointe. Leur mission est essentielle : garantir l’autonomie militaire et technologique de la France.
Ici sont conçus et fabriqués ce que l’on pourrait appeler les yeux et les oreilles de nos forces armées. Grâce à l'optronique et aux technologies hyperfréquences, les équipes d’Ineo permettent à nos soldats de voir sans être vus et de communiquer sans être interceptés. Sans ces équipements, nos navires et nos drones seraient inopérants : l’importance d’une telle entreprise sur notre territoire n’est donc pas à prouver.
Mais cette excellence technologique s’accompagne de défis majeurs. Le premier est industriel : Ineo Défense dépend des commandes des grands groupes, eux-mêmes tributaires des orientations politiques nationales. Le second est celui de l’accès aux matières premières. L’exemple du germanium est particulièrement révélateur : une rupture d’approvisionnement suffirait à interrompre toute une chaîne de production stratégique à Morlaix. Ici, la souveraineté n’est pas un concept abstrait, mais une réalité très concrète, faite de dépendances, de choix industriels et de sécurité d’approvisionnement.
L’autre défi de taille est humain : les compétences nécessaires à ces métiers sont tellement spécifiques qu'on ne peut pas se contenter d'espérer que des profils qualifiés arrivent par miracle dans le Finistère. C’est pourquoi un projet d’école de formation locale est aujourd’hui crucial. Nous en avons longuement parlé lors de ma visite, et je m’y engage pleinement.
Former nos jeunes là où sont implantées les entreprises, c’est répondre à un enjeu souverain, mais aussi économique et démographique. C’est permettre à une nouvelle génération d’envisager un avenir professionnel qualifié sur le territoire, de s’y projeter durablement, plutôt que de voir les compétences se concentrer dans les grandes métropoles ou partir à l’étranger. C’est faire le choix de l’anticipation et du temps long.
Mon rôle de députée est de porter ces réalités là où se prennent les décisions et de transformer les constats en choix politiques. La souveraineté se construit par une stratégie industrielle cohérente, par la sécurisation de nos ressources et par l’investissement dans les compétences. Elle ne peut pas reposer sur quelques grands groupes ou sur des chaînes d’approvisionnement fragiles.
Soutenir Ineo Défense, accompagner la création d’une école de formation locale, c’est refuser la concentration des compétences et faire le choix d’une France forte partout, capable de produire, d’innover et de transmettre sur l’ensemble de son territoire.
Former, produire et innover en France n’est pas une option : c’est une exigence politique si nous voulons rester maîtres de notre destin.