Visite du Celtics Interconnector, un lien électrique avec l'Irlande
France-Irlande : le courant va passer !
6 février 2026
Imaginez un câble de liaison électrique à courant continu de 575 km, dont 500 km reposant sous les vagues de la Manche et reliant les côtes de Cork aux plages de Cléder. Ce n’est pas de la science-fiction, c’est le Celtic Interconnector ! J’ai pu constater l’avancée des travaux la semaine dernière car je me suis rendue sur le chantier de la station de conversion de La Martyre. Je vous raconte !
Cette prouesse d’ingénierie nous concerne tous, directement, puisque l’infrastructure stratégique déployée est un bonus important pour nos factures d’électricité, pour la décarbonation de la planète et pour notre indépendance énergétique.
Jusqu’à présent, pour échanger de l’électricité entre l’Irlande et la France et renforcer nos approvisionnements mutuels, nous dépendions d’un détour par le Royaume-Uni, puisque nous n’étions pas directement connectés.
Le Brexit a profondément changé la donne : il devient trop incertain de nous reposer sur un pays qui a acté une rupture avec l’Union Européenne. En cas de crise énergétique majeure, un scénario de plus en plus probable au vu de l’état du monde et des tensions géopolitiques, les règles de solidarité ne sont plus les mêmes entre l’Union européenne et un pays tiers. Nous ne pouvons plus accepter que notre capacité à maîtriser nos échanges repose sur une dépendance extérieure.
Cet enjeu est particulièrement fort pour la Bretagne. Par sa géographie, notre région est en bout de réseau. Le Finistère, plus encore, se trouve en situation de fragilité structurelle. Même si des efforts ont été menés ces dernières années, notamment à travers le développement des énergies renouvelables, notre situation énergétique reste fragile et nous ne produisons qu’à peine 30 % de notre consommation électrique.
Avec le Celtic Interconnector, nous changeons de statut : nous ne sommes plus le dernier maillon du réseau, mais un point d’entrée stratégique de l’électricité européenne. Le Finistère devient un véritable hub énergétique !
L’Irlande, de son côté, a su investir massivement dans les énergies renouvelables, en particulier l’éolien. Elle dispose aujourd’hui d’un potentiel considérable d’électricité décarbonée. Ce sont ces productions propres que nous pourrons mieux partager. C’est aussi un modèle qui doit nourrir notre réflexion, alors que les projets d’éoliennes en mer suscitent des débats légitimes sur nos côtes bretonnes.
Ce projet n’est pas une idée lointaine : il est déjà en train de se réaliser. J’ai pu constater sur place que les travaux y sont bien avancés. La ligne souterraine entre Cléder et La Martyre est achevée à 80 %, et plus de 80 kilomètres de câble sous-marin ont déjà été posés depuis l’Irlande. Les essais débuteront prochainement pour transformer le courant continu en courant alternatif. Je suivrais de près !
En termes de pouvoir d’achat nous avons également tout à gagner du Celtic Interconnector. Plus on échange d'électricité facilement à l'échelle européenne, plus les prix se stabilisent. En intégrant davantage d’énergies renouvelables et en renforçant les interconnexions, on limite les pénuries et les flambées tarifaires. À terme, c’est le consommateur qui y gagne.
Le Celtic Interconnector, c’est un symbole politique et européen fort, qui démontre que l’Europe par ses investissements, son marché unique et la stabilité qu’elle apporte à ses États membres renforce concrètement la souveraineté de ses États membres.
Il démontre qu’écologie, solidarité européenne et sécurité énergétique peuvent aller de pair.
Entre la Bretagne et l’Irlande, entre deux territoires celtes tournés vers la mer, c’est désormais un lien électrique qui se tisse.
Bretagne-Irlande, pays celtes, et interconnectés !
Crédits photo : Siemens Energy