Environnement, agriculture, eau : des chantiers essentiels
Haies bocagères : protéger nos paysages, notre eau, notre avenir agricole
29 mai 2026
En Bretagne, les haies font partie du paysage au point qu’on ne les remarque parfois plus. Pourtant, derrière ces alignements d’arbres se cache un allié précieux pour notre eau, notre agriculture et notre capacité à faire face au changement climatique.
Le bocage breton n’est pas un décor. C’est une véritable infrastructure écologique, construite au fil des générations. Pendant des siècles, les haies ont façonné nos paysages, protégé les terres agricoles et retenu l’eau dans les sols permettant à la biodiversité de se développer. Aujourd’hui encore, elles jouent un rôle essentiel dans l’équilibre de nos territoires.
Mais derrière ce sujet en apparence technique se cache en réalité un choix politique fondamental. Aujourd’hui, certaines haies anciennes pourraient être détruites puis “compensées” par de jeunes plantations, sans que leur valeur écologique réelle soit pleinement prise en compte. Mais cette vision est dangereuse : une haie bocagère installée depuis des décennies ne se remplace pas en quelques mois.
Une vieille haie, c’est un écosystème vivant
Des racines profondes qui retiennent les sols, des arbres qui abritent oiseaux, insectes et pollinisateurs, une capacité à filtrer l’eau et à stocker du carbone construite au fil du temps… Réduire cela à une simple logique comptable, où quelques mètres replantés effaceraient des décennies d’équilibre écologique, serait une erreur profonde.
Depuis les années 1950, la France a perdu près de 70% de son linéaire bocager. Et cette disparition continue encore aujourd’hui : ces dernières années, le territoire perdait en moyenne 23 000 Km par an, contre environ 10 000 Km par an entre 2006 et 2014.
À chaque haie arrachée, ce n’est pas seulement un arbre que l’on retire du paysage. C’est un refuge pour la biodiversité qui disparaît, un sol plus vulnérable à l’érosion, une eau moins bien filtrée, des terres plus exposées aux sécheresses et aux inondations. Petit à petit, c’est tout un équilibre construit patiemment par les générations précédentes qui se fragilise. C’est pourquoi le Pacte Haies, présenté en 2023 a annoncé la restauration de 50 000 Km d’ici 2030. C’est bien, mais ce n’est pas assez.
Préserver les haies, ce n’est pas regarder vers le passé avec nostalgie ; c’est faire un choix politique pour l’avenir. Le choix d’une Bretagne plus résiliente, plus vivante et plus souveraine face aux défis climatiques à venir.
C’est précisément le sujet que nous avons abordé lors de ma rencontre avec le Réseau Haies Bretagne et la régie locale de l’eau An Dour, à Morlaix. La semaine dernière, nous avons échangé sur le futur décret encadrant la gestion des haies et sur les inquiétudes qu’il suscite sur le terrain.
Les haies, premières protectrices de l’eau, en débat à l’Assemblée nationale
Cette question est directement liée à un autre combat que je porte à l’Assemblée nationale : celui de la qualité de l’eau. En ce moment même, nous examinons le projet de loi d’urgence agricole, qui traite notamment de la protection des captages d’eau potable.
J’ai alerté le Gouvernement sur la nécessité de maintenir ces protections, car préserver la ressource en eau est un enjeu majeur pour notre territoire.
Les haies jouent ici un rôle fondamental. Elles ralentissent le ruissellement, limitent les transferts de nitrates et de pesticides vers les rivières et participent à la résilience de nos sols. Quand le bocage disparaît, ce sont aussi nos équilibres hydrauliques qui se fragilisent.
Protéger les haies n’oppose pas écologie et agriculture.
Au contraire, les échanges avec An Dour et le Réseau Haies Bretagne ont rappelé combien le bocage est aussi un outil au service des agriculteurs : protection des troupeaux, fertilité des sols, stockage de l’eau, adaptation climatique. Préserver les haies, c’est aussi défendre une agriculture durable et résiliente.
Le bocage breton raconte notre histoire, mais il doit surtout faire partie de notre avenir.
C’est pourquoi je continuerai à porter ce combat à l’Assemblée nationale, qu’il s’agisse de la protection des haies ou de celle de notre ressource en eau. Face aux défis climatiques qui viennent, nous avons besoin de règles plus protectrices, d’une véritable volonté politique et d’une mobilisation collective. Préserver le bocage breton, ce n’est pas ralentir l’avenir : c’est choisir une Bretagne plus résiliente, plus vivante et plus souveraine.