Projet de loi agricole : décryptage
Loi d’urgence agricole : ce que contient vraiment le texte
24 avril 2026
Ces trois dernières années, 40 000 fermes ont disparu en France. Une tendance préoccupante, pour les agriculteurs comme pour notre souveraineté alimentaire et notre santé. C’est pour infléchir cette trajectoire que le gouvernement a proposé au début du mois un projet de loi agricole, examiné dès mardi dans ma commission du développement durable, puis en séance publique en mai. Agricultrice moi-même, je sais que ces débats ne sont pas théoriques. Ils touchent à des réalités concrètes, humaines, économiques. Je vous décrypte aujourd’hui ce qu’il contient vraiment, ce qu’il change, et ce qu’il ne dit pas.
Contenant 23 articles traitant aussi bien des sujets de concurrence, d’approvisionnement en eau que des élevages, ce projet de loi est dense et entend répondre à un maximum de difficultés. Il cherche à agir sur trois priorités :
redonner de la compétitivité aux exploitations
faciliter l’installation et la transmission
sécuriser les conditions de production face au climat
Mais à vouloir traiter beaucoup de sujets à la fois, le risque est aussi de diluer les réponses.
Sur la concurrence et le revenu : des avancées encore fragiles
Le texte contient plusieurs dispositions visant à mieux protéger les agriculteurs dans la chaîne de valeur, notamment face aux grandes distributions, avec l’objectif de garantir une meilleure prise en compte des coûts de production.
C’est un point essentiel. Aujourd’hui encore, trop d’agriculteurs ne vivent pas dignement de leur travail. Ces mesures sont donc une base de réponse à apporter aux agriculteurs, de plus en plus dépendants des marchés mondiaux, mais leur efficacité dépendra de leur application réelle.
Sur l’installation : une urgence reconnue mais peu transformée
Le renouvellement des générations est identifié comme une priorité. Le texte prévoit des simplifications et quelques outils d’accompagnement supplémentaires.
Mais là encore, la question centrale reste entière : comment rendre le métier à nouveau désirable et viable ? Je n’ai de cesse de le dire : le premier pas pour garantir une stabilité au métier, est d’assurer un salaire décent aux agriculteurs, et leur dégager du temps en simplifiant les démarches administratives.
L’eau : un angle décisif du débat, auquel je serai particulièrement vigilante.
Le projet de loi aborde l’enjeu de l’approvisionnement et de la sécurisation de l’accès à l’eau pour l’agriculture : c’est légitime. Face au changement climatique, les épisodes de sécheresse se multiplient et fragilisent directement les productions. Mais il ne peut pas y avoir de réponse durable sans une réflexion plus profonde sur le partage et la gouvernance de l’eau.
Oui, l’agriculture a besoin d’eau. Oui, le changement climatique bouleverse profondément sa disponibilité, avec des hivers plus humides et des étés plus secs. Mais la réponse ne peut pas être uniquement technique ou accélérée au nom de l’urgence. Parce que l’eau n’est pas une ressource comme les autres. C’est un bien commun, au cœur de nos territoires, de notre alimentation et de nos équilibres écologiques. Sa gestion ne peut pas être pensée sans celles et ceux qui vivent sur les territoires..
Dans ce contexte, ma ligne est simple : pas d’accélération agricole au prix d’un recul environnemental ou démocratique. Ce débat ne doit pas opposer agriculture et environnement. C’est une impasse.
Il doit au contraire poser une question plus exigeante : comment produire en garantissant, dans la durée, l’accès de tous à une eau de qualité ? Ma réponse est claire : refuser que la simplification ne se traduise par un affaiblissement des garde-fous environnementaux, garantir que les décisions sur l’eau restent co-construites à l’échelle des territoires, préserver le rôle des instances de gouvernance de l’eau, qui permettent justement d’arbitrer entre les usages de manière transparente
Un texte utile, mais qui devra être enrichi
Ce projet de loi d’urgence agricole a le mérite d’exister. Il reconnaît l’ampleur de la crise et tente d’y répondre. Mais il devra être enrichi au Parlement pour être à la hauteur des attentes. Sur le revenu, sur l’installation, et surtout sur la gestion de l’eau, nous avons une responsabilité collective.
L’agriculture n’est pas un secteur parmi d’autres. Elle touche à notre alimentation, à nos territoires, à notre avenir commun. C’est avec cette exigence que j’aborderai les débats dans les prochaines semaines.